Rester à Viroflay Rive Gauche ce soir me semblait juste impossible, et sans m'expliquer vraiment pourquoi j'ai décidé d'aller passer la nuit à Nation plutôt que sur le canapé avec les camarades de
Rock en Seine.
Problème il est 23h, les filles sont parties en bamboula improvisée, nous enfermant, Candice et moi, dans l'appartement patriarcal (mais bon on était d'accord à la base entendons nous bien).
Pas de problèèèèème ...! Ce soir escalader un grillage ne me fait pas peur, même avec ma jupe noire (trop) transparente, parce que du moment que j'ai mes Doc Martens, je me sens INVINCIBLE. Je
balance donc mes affaires dehors, escalade la fenêtre, et à moi le RER ahahah. Si j'avais juste pas passé 10 minutes à chercher comment sauter le grillage sans m'autodéchiqueter alors qu'il y avait
une porte juste à 2 mètres (désolée sweetie), j'aurais peut être gagné du temps sur la suite cela dit.
Donc j'arrive dans la gare
déserte de la sympathique ville de Viroflay en pleine nuit, me pose sur le quai et, essayant de faire abstraction de l'unique autre potentiel passager qui a
l'air un peu bizarre et me regarde d'un oeil
torve (ce mot est vraiment trop moche mais ô combien évocateur), j'attend le RER C, direction Montparnasse.
On se croierait dans un film tellement c'est silencieux et flippant, limite si ya pas des boules de suie qui rebondissent sur le quai.
Sauf que voilà, qu'on mette ça sur le compte de mon absence congénitale de sens de l'orientation ou sur ma potentielle naïveté, je prend cet
avant-dernier RER de la soirée dans le
mauvais sens, et me retrouve à
Versailles.
Paaaas de panique. Il me reste quand même 12 minutes avant le dernier train de la nuit, pfff chuis laaaarge ! si, si.
Je fais tout le tour, trouve le bon quai, essaie de descendre les escalators, qui se mettent en marche
vers le haut. Putain Bouddah, tu me fais
quoi, là ? Allez, c'est bon, encore 7 minutes , je re-rentre dans la gare, trouve enfin le chemin vers le RER B, demande à un grand black qui m'inspire confiance (car noeud papillon, je sais pas si
mes critères sont très fiables), si c'est bien le train qui va vers PARIS, et pas vers chaispaoùperduchezLouis XIV.
Il me dit que c'est bon, je suis sur la bonne voie, (preuve que mon cas n'est pas tout à fait desespéré), mais bon je checke quand même avec un poil d'angoisse si je suis bien dans le bon sens car
le shéma qui résume les stations contredit mes espérances (en fait il est écrit
à l'envers...non mais je vous jure bande de sadiques ces cheminots)
Trop bieeen j'ai réussi à revenir sur Viroflay, (le critère
noeud papillon est donc fiable), en attendant je m'essaie à l'autoportrait, vu que quand je mange pas j'arrive à me regarder
correctement, et que j'ai du temps à perdre.
Dans mon wagon, des jeunes cons font les cons, et une jolie fille lit un bouquin en les occultant (total respect).
Arrivée à la gare RER vers minuit, ça va j'aurai pu faire pire. Maintenant reste plus qu'à trouver la ligne de métro appropriée pour revenir à Nation. Trop top la ligne 6, c'est justement son
terminus, Nation. Bon ben va pour la ligne 6, ça me laissera du temps pour dessiner les gens.
Devant moi, un couple de Japonais entre deux âges trop cools. La femme a l'air rigide mais porte un coupe-vent über fleuri à motifs traditionnels par dessus son tee-shirt rose pâle, c'est
magnifique. Son mec (son fils ? son frère ?) est au moins aussi mythique. Il a mis la capuche de son tee-shirt, toute moulante aux oreilles, porte des lunettes rectangulaires à grosses montures
noires en dessous,mais SURTOUT, il a un
short. Et pas n'importe lequel, un short en toile toute fine au dessus du genoux, dévoilant ...des jambes de
nana bien enrobées, imberbes devant, poilues derrières. Trop trop fou.
(Malheureusement, leur ami juste sur le strapontin à coté du mien se doute de quelques chose et je me vois dans l'obligation de ranger mon carnet.)
*tssshhh ...des travaux de rénovation sur la ligne 6... tssshh ..ous passagers sont priés de descendre... tssshhh terminus ATTENTION A LA MARCHE EN DESCENDANT DU TRAIN*
...pas de problème, je gère. On est où ?
Place d'Italie. Station de merde tu sers à rien t'es reliée à personne. Ah ben si, ligne 5, si je change à Bastille, je peux prendre la
ligne 1. Non non c'est pas du tout compliqué, tu trouve ça compliqué?? Meuh pas du tout t'es pas très débrouillarde dis moi. Je gère je gère.
Bon vazy, ligne 5, c'parti. Les wagons de ce presque-ultime métro sont pleins de types pas très nets (c'est du moins mon sentiment de fille à jupe noire (trop) transparente), alors je me décide
pour un siège à coté d'une bande de potes aux cheveux violets (enfin, une des nanas avait les cheveux violets, j'abuse, pas tous) pas trop murgés à priori et je savoure alors une conversation
fascinante dont je te livre, cher lecteur, quelques brides à 1h59 du matin:
- "...Ahhhh alors c'est ça tes activités SECRETES...! Tu es... Pierre Paillette, c'est toi ?
- - Je..heu...
- - Oh NOOON c'est vrai !? C'est toi Pierre Paillette ? Mais oué c'est pour ça que des fois t'arrive au bureau et t'as pleeeeein paillettes sur le costard...là c'est logique d'un coup
TOUT S'ECLAIRE.
- -....heu...ow.
- - Rhôlalala c'est fou c'est fou ! (...) mais c'est quoi ce shampoing alors, tu le piques en douce à ta nana...? Et ya des microscopiques paillettes incrustées dedans, dans la lotion, c'est
pour ça...pff ...aahh d'accord...
- - Bon moi je dis, il faut que la vérité vraie soit révélée.
- - Oui ce sont des tout petits chinois qui font le shampoing à paillette, et les médicaments aussi.
- - Tu dis n'importe quoi, t'es trop CHIANT toi, c'est parce que t'es un fou de taboulé c'est pour ça.
- - Ni'mporte quoi.
- - Tss tss vazy t'es trop vexé je le sais je le SENS. Je sens tout. (...) "
*
TSSHHH ...Bastille.... TSHHHH... ATTENTION A LA MARCHE. EN DESCENDANT DU TRAIN*
DAMNED je dois descendre et le mystère de
Pierre Paillette le fétichiste lumineux restera donc
non-élucidé.
Bon ça va je patiente sagement sur le quai du métro 1 direction Château de Vincennes (Rien à signaler à part une souris et un mec avec une paire de sneakers fluos qui déchirent leur maman).
(SUPER, il arrive, cet ultime métro. Notez bien, ça va que j'adore ça, hein, parce que sinon, à ce point de l'histoire, je serais
bien deg quand
même, bref.)
En face de moi, un dreadlockeux plus ou moins net avec une bouteille d'eau (?) à la main.
Je trouve que son voisin a des faux airs de David Hasselhoff bizarre, mais je suis peut être juste fatiguée.
J'men fous le premier qui m'emmerde il se prend un coup de Doc Martens et il a plus qu'à postuler comme eunuque dans un hammam.
A leur gauche, un mec grand, cheveux blond mi-long bouclés aux yeux bleu océaaaaan (=surfeur) me fait penser à ce type sur lequel j'ai fantasmé pendant les épreuves du bac. Oui oui souvenez vous
Bouddah essayait de me déconcentrer en le mettant dans la même salle d'examen que moi (tss ..bâtard va), bon ça partait sûrement d'une bonne intention mais c'était vache.
Y avait aussi un couple (c'est fou ce que les couples sont démonstratifs dans le métro) dont l'élément masculin pourtait un teesh vert-forêt-de-sapin, avec marqué dessus "
EN VERT ET AVEC
NOUS".
Ahahaha mais QUEL HUMOUR les amis QUEL HUMOUUUR !
Pour finir avec la faune de la ligne 1, une espagnole reloue fringuée roots ambiance "
yo trabajo para greenpeace" réussit pourtant à me faire re-déprimer (car si vous avez suivi, à
la base je suis full depressed c'est pour ça que je voulais bouger à une heure si tardive) en me rappellant Aix en Provence la méprisable, selon des critères qui me sont très personnels et
obscurs.
*
tshhh...Nation....tshhh...ATTENTION A LA MARCHE. EN DESCENDANT DU TRAIN*
Hop hop hop ! Allez poussez vous bande de boulettos adorés, j'ai des trucs à relater. Reste plus qu'à me battre avec ces saloperies
d'interrupteurs-que-je-trouve-jamais-où-ils-sont-parce-que-pour-les-voir-faut-d'abord-allumer, et je serais là, viteuviteuviteuviteu, comme on dit, hein.
Et là victoire.
J'ai REUSSI. Je me suis ORIENTEE, SEULE, en PLEINE NUIT, j'ai bravé le danger, vaincu les obstacles, atteint le but ultime que toute aspirante parisienne désire profondemment toucher de
l'auriculaire :
J'ai compris comment fonctionnent les transports en communs.
Dieu me tripote les enfants, c'est moi qui vous le dit.